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Zoom sur | La Révolution de 1848-49

Aux côtés du 23 octobre et du 20 août, l’un des jours de fête nationale en Hongrie est le 15 mars, date à laquelle a débuté la Révolution hongroise en 1848. Retour sur cette page importante de l’histoire magyare.

Après l’expulsion des Turcs et la tentative avortée de soulèvement menée par le prince transylvain Rákóczi Ferenc II contre les Habsbourg, la Hongrie n’a techniquement plus existé sur les cartes d’Europe puisqu’elle a été « engloutie » par l’Empire d’Autriche. Les prémices de la Révolution de 1848-49 n’ont cependant pas lieu en Hongrie mais à Vienne où une révolte éclate. La nouvelle arrive très peu de temps après à Pest – séparée de Buda – qui connaît alors des réformes libérales de grands hommes politiques tels que Kossuth Lajos, Deák Ferenc, Batthyány Lajos ou Széchenyi István. Le Cercle d’Opposition, un groupe conservateur, se réunit alors en parallèle du soulèvement de Vienne pour réaliser une liste de douze revendications proposée par le journaliste et député Irinyi József. Cette liste est appelée les « Douze Points » :

Ce que souhaite la nation hongroise : la paix, la liberté et l’entente.
1. Nous souhaitons la liberté de la presse, l’abolition de la censure.
2. Des ministères indépendants à Buda-Pest.
3. Une assemblée nationale annuelle à Pest.
4. L’égalité citoyenne et religieuse devant les lois.
5. Une garde nationale.
6. Un partage commun des impôts.
7. L’abolition des charges féodales.
8. Des tribunaux pour l’égalité de la défense.
9. Une banque nationale.
10. Que l’armée prête serment sur la constitution, que nos soldats hongrois ne soient pas appelés à l’étranger, que les soldats étrangers quittent le pays.
11. La libération des prisonniers politiques.
12. L’union avec la Transylvanie.

Égalité, Liberté, Fraternité.

« Ce que souhaite la nation hongroise ».

La révolution hongroise démarre dans un café de Pest dans lequel se rassemblent les jeunes de l’opposition comme les très célèbres poète Petőfi Sándor et écrivain Jókai Mór. Ce dernier présente les Douze Points puis Petőfi récite un poème qu’il a écrit la veille et qui deviendra un de ses plus célèbres : le Nemzeti Dal (Chant national), un appel au soulèvement contre la domination autrichienne.

Debout, Hongrois, la patrie nous appelle !
C’est l’heure : à présent ou jamais !
Serons-nous esclaves ou libres ?
Voilà le seul choix : décidez !
De par le dieu des Hongrois nous jurons,
Oui, nous jurons,
Que jamais plus esclaves
Nous ne serons !

Des exemplaires des Douze Points sortent de l’Imprimerie Landerer et Hackenast de Pest le matin du 15 mars 1848.

Petőfi et ses cinq compagnons, accompagnés par une foule de plus en plus nombreuse, se rendent ensuite à l’imprimerie Landerer et Heckenast pour diffuser les Douze Points. Il s’agit là du premier fruit de la liberté de la presse à Pest. Un rassemblement se tient par la suite devant le Musée national puis le groupe va à la mairie où le bourgmestre Szepessy Ferenc signe les Douze Points. Le comité poursuit sa route jusqu’à Buda afin de libérer l’écrivain Táncsics Mihály, emprisonné pour son pamphlet « La voix du peuple est la voix de Dieu » dont le titre reprend de la locution latine Vox populi, vox Dei. La foule populaire va dans la soirée au Théâtre National et demande au directeur de jouer la pièce interdite Bánk bán de Katona József. Durant la représentation, le Nemzeti Dal est de nouveau récité puis le Himnusz (Kölcsey, 1823) et le Szózat (Vörösmarty, 1836) sont chantés. C’est ainsi que la journée du 15 mars se termine. La tradition voudrait que les compagnes de Petőfi et Jókai leur aient offert les toutes premières cocardes aux couleurs hongroises.

Petőfi Sándor récite son Chant national sur les marches du Musée National le 15 mars, dans l’après-midi. (Artiste inconnu)

Par la suite, les revendications des Douze Points sont progressivement appliquées : la censure est abolie, un gouvernement est nommé, la Hongrie s’unit à la Transylvanie, une Assemblée nationale se tient et des élections législatives sont organisées. Ce sont les Lois d’avril.

La première assemblée nationale le 5 juillet 1848 à Pest. (Lithographie colorée d’August von Pettenkofen)

La situation s’envenime cependant avec la question des minorités. En effet, une population très importante de non-Hongrois vit à l’intérieur du Royaume de Hongrie. Le soulèvement des Hongrois a réveillé le sentiment national au sein des minorités. Serbes, Croates, Slovaques et Roumains tiennent leurs propres assemblées lors desquelles ils se prononcent ouvertement contre la révolution hongroise et sont d’ailleurs soutenus par la cour viennoise. Cette dernière, mécontente des réformes, réclame l’annulation des Lois d’avril sous peine d’intervention militaire. Mais les troupes croates du général Jelačić sont déjà prêtes pour l’affrontement et traversent la Drave.

La Bataille de Pákozd le 29 septembre 1848. (Lithographie d’époque)

Le premier combat est la bataille de Pákozd en septembre 1848. Les armées des minorités serbe et roumaine s’organisent de leur côté. S’en suit la campagne d’hiver (novembre 1848-février 1849) durant laquelle les troupes autrichienne et hongroise s’affrontent dans le nord de la Hongrie, dans la région du Felvidék, et qui se terminent par une défaite hongroise à la bataille de Kápolna en février 1849. Le 14 avril, l’Assemblée nationale délocalisée à Debrecen proclame l’indépendance de la Hongrie. La campagne de printemps (avril-mai 1849) est quant à elle couronnée de succès puisque l’armée hongroise s’impose lors de la bataille d’Isaszeg, encercle les forces autrichiennes et libère Komárom puis reprend Buda dans un des plus importants combats de la Révolution.

File:Than Buda ostroma.jpg

L’armée hongroise reprend le château de Buda le 21 mai 1849. (Peinture de Than Mór)

En parallèle, les troupes menées par le Polonais Józef Bem libèrent le Pays sicule puis battent les Autrichiens dans la bataille de Piski et reprennent la Transylvanie. Le général polonais est alors surnommé le héros des Sicules et cet évènement renforce l’amitié polono-hongroise séculaire toujours présente de nos jours et célébrée le 23 mars. Bem tente également de dialoguer avec le leader de la révolte roumaine, Avram Iancu, qui commandite plusieurs massacres en Transylvanie dont le plus important est celui de Nagyenyed, en janvier 1849, lorsque huit à neuf mille civils sans défense sont tués. Ces attaques et destructions ciblées des villages et de la population magyars complètement injustifiées peuvent être qualifiées de génocide. En revanche, Avram Iancu n’a pas été condamné pour ces crimes après la Révolution. Pire, on le considère aujourd’hui comme un héros national en Roumanie, son portrait est affiché lors de manifestations et des rues et places portent son nom.

« Si le pont est perdu, la Transylvanie sera perdue » – Józef Bem lors de la bataille de Piski le 9 février 1849. (Breidwieser)

L’intervention russe aux côtés des Habsbourg met cependant fin aux espoirs hongrois : la Hongrie s’incline à la bataille de Temesvár et dépose les armes le 13 août 1849 à Világos. Des purges sont effectuées immédiatement après la capitulation sous les ordres de Haynau, c’est ainsi que sont exécutés les 13 généraux de l’armée hongroise à Arad que l’on appellera par la suite les 13 Martyrs d’Arad et le comte Batthyány Lajos dont les dernières paroles étaient : « Vive la patrie ! ».

Le chef de l’armée hongroise Görgey Artúr dépose les armes devant le général Theodor von Rüdiger le 13 août 1849 à Világos, près d’Arad.

En somme, ce conflit a causé la mort de plusieurs dizaines de milliers de soldats, ainsi que plusieurs hommes politiques, jeunes révolutionnaires et civils. Des sacrifices qui ont malgré tout permis à la Hongrie de renaître puisqu’en 1867 et le Compromis austro-hongrois, le pays refait son apparition sur la carte d’Europe, indépendante de l’Autriche.

Hongrie Actuelle

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